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Points de repère pour l’identité numérique en Afrique

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Ouverte par le Premier ministre de Namibie, la troisième conférence bilingue (français-anglais) du mouvement ID4Africa (1) a réuni près de 1000 des acteurs de l’identité numérique à Windhoek en Namibie, de plus de 30 pays.

 

 

Le thème retenu « Chemins vers l’identité numérique » a fait l’objet de 86 exposés de la part de représentants des gouvernements (2) , des organisations internationales (3) , de leurs partenaires techniques et financiers (4) , des entreprises prestataires (5) de solutions et des experts (6) .

 

 

Sans préjudice des actes du colloque qui seront établis par les organisateurs du mouvement ID4Africa (7) , et, voici les principales idées qu’il m’a semblé important de transmettre aux acteurs de la transformation numérique de l’Afrique.

 

 

En termes d’opportunité, la forte présence des bailleurs a montré leur intérêt pour l’identité numérique. Ainsi, Salamatar Omar Elmi (Banque africaine de Développement) a expliqué que les systèmes d'identité étaient désormais perçus une priorité concrète de développement. Encore faut-il que cette identité ne soit pas conçue comme une contrainte supplémentaire imposée aux citoyens par les ministères de l’intérieur, mais qu’elle soit bien articulée avec les acteurs de l’éduction, de la santé, de la fonction publique, etc. pour apporter de meilleurs services publics aux citoyens. Sous cette réserve, tous les acteurs étaient unanimes à considérer l’identité numérique comme un facteur de développement, ainsi que l’indique par ailleurs l’initiative « ID4D » de la Banque mondiale . Pour ma part, j’ai toutefois regretté que derrière ce slogan, aucun bailleur n’ait, à ma connaissance, fait état d’études sérieuses en examinant notamment la situation des démunis illettrés qui risquent d’être encore plus exclus, lorsque les services numériques seront devenus la règle autour d’eux.

 

 

Pour les acteurs de l’état civil, l’identité numérique permet de fiabiliser les registres d’état civil et de faciliter la publication des statistiques vitales. Il leur faut pur cela résoudre le redoutable problème de l’enregistrement des naissances et recueillir, dès que possible les données biométriques des enfants (8). A cet égard, la Namibie, pays hôte, a exposé l’évolution de son système d'enregistrement d’état civil et de son identité nationale vers une plate-forme unifiée et fédérée entre tous les partenaires, en vue d’offrir des services orientés vers la population. Les pays doivent également trouver le moyen d’enregistrer les décès, pour que les fichiers de leurs populations soient les plus exacts possibles.

 

 

Pour les acteurs de la santé et de la protection sociale, les systèmes d'identité permettent la mise en place ou la modernisation d’une couverture universelle de la santé, comme l’a montré Mouhamed Sy au Sénégal et de limiter la fraude, en écartant par exemple les doublons entre les personnes bénéficiant de plusieurs régimes de remboursements. Les statistiques vitales et la géolocalisation que permet le numérique est également très utile pour mesurer l’évolution des maladies et, partant, mettre en place des procédures de soin, de prévention et d’assurance maladie performants.

 

 

Pour les professionnels de la démocratie, les projets d'inscription biométriques des électeurs se déroulent en général sur de courtes périodes, avec la date butoir des élections. La vérification biométrique des électeurs doit être effectuée en une seule journée, ce qui pose d’importants problèmes évoqués par les participants. Une fois les élections passées, il importe aussi que tout le travail accompli puisse profiter à l’Etat et aux citoyens, en rompant la mauvaise habitude de travailler en silo et en recherchant les moyens de réutiliser les bases biométriques et de les faire vivre.

 

 

Pour les acteurs de l’administration électronique (e-Gouv), l’identité numérique est apparue comme une brique essentielle de l’e-Gouv. Il ne faut cependant pas en déduire que la carte d’identité électronique est la seule solution possible car de nombreux pays sont parvenus à développer des services numériques innovants grâce à des solutions partielles d’identité numérique. Ainsi la Direction générale des impôts de Côte d’Ivoire a rencontré un vif succès dans son système télédéclaration, télépaiement et télé-prélèvement des impôts ouvert en janvier pour les grandes entreprises et en voie d’extension pour les entreprises moyennes. Certes l’existence d’un numéro d’identification unique permet une conception plus intégrée de l’e-Gouv comme l’ont explosé les représentants du Pérou, du Ghana et de Mozambique.

 

 

Pour les Banques, les Fintech, et les acteurs des services de paiement, l’identité numérique est essentielle pour leur permettre d’offrir des services de paiement efficace et au moindre coût. Le Nigeria fait figure de pionnier dans ce domaine, où le Gouvernement s’est donné comme objectif de réduire l’exclusion financière tout en mettant en place l’identité numérique. Ainsi les cartes d’identité numérique offrent-elles à leur titulaire une possibilité de paiement électronique, en partenariat avec Mastercard et une grande partie des banques nigérianes.

 

 

En termes de solutions techniques, les entreprises présentes ont présenté les derniers développements technologiques en matière de biométrie et de systèmes d'identité et ils ont commencé à évoquer les schémas d'identité de la prochaine génération, tandis qu’une centaine d’entre elles ont présenté des offres opérationnelles lors de l’exposition attenant au colloque. J’ai retenu que l’identification par plusieurs moyens convergents (ex empreintes digitales, iris, reconnaissance faciale, signature, et demain la signature vocale) était nécessaire pour assurer un maximum de fiabilité.

 

 

Les solutions évoluent également en termes de documents, où la sécurité physique nécessite également l’adjonction de techniques complémentaires, sans cesse en évolution, pour limiter les risques d’usurpation et d’assurer leur fiabilité tout au long de la chaîne de production et de vérification. Les dernières avancées ont été évoquées dans les solutions d'impression et de personnalisation de plus en plus inviolables incluant les techniques d'impression de sécurité ouvertes et cachées, des encres de sécurité, des hologrammes, des fenêtres de sécurité transparentes, des photos optiquement variables, des filigranes et des autres dispositifs. Pour les utilisateurs, il importe de respecter les normes internationales pour que les systèmes soient interopérables dans l’espace (par exemple d’un pays à un autre pour les documents de voyage) ainsi que dans le temps malgré l’évolution inévitable des solutions techniques. A cet égard, les techniques de dédoublonage sont essentielles.

 

 

En termes de voies à suivre pour mettre en place l’identité numérique, j’ai retenu que plusieurs approches étaient possibles mais que la bonne approche dépendait largement du contexte et des acteurs en place. Sans prétention d’exhaustivité, j’ai retenu quelques messages importants :

 

 

• la volonté politiques a été évoquée par plusieurs acteurs comme le facteur clé permettant de créer de la transversalité entre les silos et de mener des politiques cohérentes sur le long terme ;

 

 

• il existe rarement un système unique d’identité numérique dans un pays, mais le plus souvent la coexistence de plusieurs systèmes comportant généralement des données biométriques (ex : documents d’identité ; cartes d’étudiant, d’employé, d’électeur, cartes bancaires, cartes SIM, etc.). La tendance à leur unification surviendra peut-être à long terme, mais elle ne peut pas être facilement imposée tant les acteurs sont nombreux et les problèmes complexes si bien qu’il n’est pas possible d’atteindre en même temps tous les objectifs possibles ;

 

 

• les projets d’identité numérique nécessitent une vision à court terme mais aussi à long terme pour que les premiers pas s’inscrivent dans une démarche cohérente ;

 

 

• il faut commencer sans tarder, avec des solutions adaptées au manque de connectivité du monde rural, car l’évolution des cutures et des mentalités et des comportements prend du temps ;

 

 

• les technologies mobiles, y compris basiques (téléphones 2G) offrent à leur détenteur une identité numérique par la carte SIM et permettent, de ce fait, la mise en place de services en ligne bien adaptés au monde rural africain, mal irrigué en haut-débit, tels que l’initiative agri-PME destinée aux agriculteurs togolais ;

 

 

• l’émergence croissante des smartphones avec des systèmes embarqués de reconnaissance biométrique, associés au déploiement des réseaux de téléphonie 3G et 4G laisse entrevoir un avenir prometteur pour l’identité numérique mobile ;

 

 

• outre les services qu’elle permet de rendre aux usagers, l’identité numérique fournit des données nominatives de qualité pour la gestion de l’Etat et des services publics. Encore faut-il que la protection des données personnelles soit suffisamment assurée pour que le pays laisse une part de liberté aux habitants.

 

 

• la quasi-totalité des débats a porté sur l’identité numérique des personnes en laissant de côté l’identité numérique des objets physiques (ex un terminal informatique) ou virtuels (ex un compte en banque) qui constituent néanmoins des outils importants de la société de l’information et qui seront sans doute traités une autre année.

 

 

• La création d’un indice de l’identité numérique, fabriqué de manière composite et présenté à ID4Africa 2018 pourrait constituer un progrès intéressant.

 

 

En cette fin de saison humide, le pays hôte, la Namibie, ressemble à un paradis avec un climat ensoleillé et une température tempérée. La ville de Windhoek est paisible avec des relents de culture allemande et sud-africaine. Sur la route qui conduit à l’aéroport, la nature est verdoyante et les espaces sont dégagés, presque sans maisons, ni villageois, ni d’animaux domestiques : les terres appartiennent à des propriétaires privés, et seuls quelques babouins observent les véhicules qui passent.

 

 

Soutenue par la Banque mondiale, la conférence de Windhoek a permis une fertilisation croisée entre des administrations d’un même pays (représentants des ministères de l’intérieur, des TIC, de la santé et de la protection sociale…) et entre les acteurs d’un même métier mais de pays différents. Il importe de féliciter les organisateurs du mouvement ID4Africa pour sa réussite, en espérant qu’ils sauront renforcer leur synergie avec leurs partenaires naturels tels que la Secure Identity Alliance. J’appelle également de mes vœux la mise en place d’outils collaboratifs sécurisés permettant à ceux qui n’ont pas eu la chance d’y participer d’échanger néanmoins des bonnes pratiques, et de s’aider mutuellement à résoudre les questions qui se posent à eux au quotidien.

 

 

Tel est l’objet du projet « Bangtaba », le projet de réseau social de l’e-Gouv africain, dont l’identité numérique n’est qu’un aspect mais dont l’intérêt se confirme de jour en jour.

 

 

Alain Ducass

 

 

Expert de la Secure identity Alliance

 

 

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(1) http://www.id4africaforum.com/2017

 

 

(2) En Afrique, les orateurs venaient notamment de Congo, Congo RDC, Côte d’Ivoire, Djibouti, Ethiopie, Ghana, Kenya, Lesotho, Madagascar, Mali, Mozambique, Namibie, Nigeria, Ouganda, Sénégal, Sud-Soudan, Tanzanie, sans compter des orateurs d’autres pays comme l’Inde, le Pérou, le Pakistan, la Belgique, la France, de Chine, Nouvelle Zélande, Estonie, Suède, USA, etc.

 

 

(3) Commission de l’Union africaine, CEDEAO, Interpol, Office international des migrations, etc.

 

 

(4) Les Partenaires techniques et financiers étaient largement représentés avec 20 personnes de la Banque mondiale, six de la Banque africaine de développement, 2 de l’Agence française de développement, ainsi que du PNUD, d’USAID, de la fondation Bill et Melinda Gate, etc.

 

 

(5) On notera en particulier des interventions de Agfa, Crypto vision, De La Rue, Dermalog, Emptech, Evolis, Gemalto, HID Global, Iris-ID, Safran, Morpho, Oberthur, Arjo, Entrust data card, Genkey, Imprimerie nationale, Infotech, Mastercard, Sicpa (Suisse) Surys, Zetes (Belgique), etc…

 

 

(6) Il s’agit principalement de la Secure identity Alliance, du GSMA, et des universités, ainsi que de consultants individuels comme votre serviteur (energeTIC), Alenka Prvinsek-Persolio (Interact4C), ou Adam Tangun (ID-TC) qui a contribué au présent compte rendu.

 

 

(7) Dans la mesure où le programme comportait des ateliers en parallèle, l’auteur n’a qu’une vue partielle des travaux menés.

 

 

(8) Des progrès considérables sont annoncés pour la biométrie des nouveau-nés, voire des enfants à naître.

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